INTERVIEW DE M. WANG YI CONSEILLER D'ÉTAT ET MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES ACCORDÉE À L'AGENCE XINHUA SUR LES ACTUELLES RELATIONS SINO-AMÉRICAINES
2020-08-10 17:56

Le 5 août 2020, le Conseiller d’État et Ministre des Affaires étrangères Wang Yi a accordé une interview exclusive à l’Agence Xinhua. En voici la transcription.

Xinhua : Dans son récent discours à la Bibliothèque présidentielle Richard Nixon en Californie, le Secrétaire d’État américain Michael R. Pompeo a déclaré que la politique d’engagement à l’égard de la Chine, menée par les administrations américaines depuis Richard Nixon, n’a pas atteint les objectifs escomptés et a donc échoué. Ce discours est contesté et critiqué par beaucoup aux États-Unis qui y voient plutôt une « diatribe idéologique » qu’une feuille de route claire et faisable. Qu’en pensez-vous ?

Wang Yi : Le discours affirmant l’« échec de la politique d’engagement à l’égard de la Chine » reprend la logique de la guerre froide et renie complètement les fruits des échanges sino-américains des dernières décennies. C’est une ignorance de l’histoire et un manque de respect vis-à-vis des peuples chinois et américain. Ce genre d’agissements qui propagent des « virus politiques » sont naturellement contestés et critiqués aux États-Unis comme dans le monde.

Si les dirigeants chinois et américains ont pu réaliser une poignée de main trans-Pacifique il y a plus de 40 ans, c’était au fond parce qu’ils ont su observer le principe du respect mutuel, rechercher un terrain d’entente par-delà les divergences et mettre de côté leurs différences idéologiques. En 1972, lors de la première visite en Chine du Président Nixon, le Premier Ministre Zhou Enlai a souligné que la Chine et les États-Unis devaient bien connaître leurs divergences et essayer de trouver des points communs pour assurer un nouveau départ à leurs relations bilatérales. Le Président Nixon a lui aussi affirmé clairement qu’il existait certes de grandes différences entre les deux pays, mais ce qui les rassemblait, c’était leurs intérêts communs qui transcendaient ces différences. Le Communiqué de Shanghai publié par les deux pays a scellé leur volonté commune de se respecter mutuellement et de rechercher un terrain d’entente par-delà les divergences.

Ce qui s’est passé après a montré que ce choix majeur que les deux parties avaient fait ensemble est tout à fait judicieux. Pendant les plus de quatre décennies qui ont suivi l’établissement de leurs relations diplomatiques, grâce aux efforts communs des Chinois et des Américains de plusieurs générations, la relation sino-américaine est devenue l’une des relations bilatérales les plus étroites qui couvrent les domaines les plus larges et qui sont fondées sur les intérêts communs les plus nombreux. Les deux pays représentent plus d’un tiers de l’économie mondiale et plus de la moitié de la croissance mondiale. Le commerce sino-américain s’est multiplié par plus de 250 par rapport au début de leurs relations diplomatiques et représente désormais un cinquième du commerce mondial. Les investissements dans les deux sens, qui étaient quasiment nuls, ont atteint aujourd’hui près de 240 milliards de dollars US. Cinq millions de voyages sont effectués chaque année entre les deux pays. Les deux pays assument des responsabilités importantes sur presque toutes les questions planétaires liées à la paix et au développement dans le monde. Autant de faits qui ne doivent ni ne peuvent être niés.

Aujourd’hui, plus de 40 ans après, la Chine et les États-Unis demeurent très différents en termes de système social et dans bien d’autres domaines. Mais ces différences, qui n’ont pas empêché les deux pays de coexister en paix et de mener une coopération gagnant-gagnant dans le passé, ne sauraient ni ne devraient les en empêcher dans l’avenir. Il est inutile et impossible pour les deux pays de changer l’autre. Ce qu’il faut faire, c’est de respecter le choix que les deux peuples ont fait eux-mêmes. Les grands succès que la Chine a réalisés dans son développement ces dernières décennies démontrent déjà que la voie du socialisme à la chinoise est une voie qui lui convient, qui bénéficie du soutien le plus large et le plus ferme du peuple chinois et qui a apporté des bénéfices au monde entier et à tous les peuples, y compris le peuple américain. La Chine poursuivra son développement et son progrès en réponse aux aspirations de son peuple et apportera une plus grande contribution à l’humanité. Chercher à entraver et à détourner ce processus ne peut être que de vaines tentatives.

Xinhua: Certains aux États-Unis prétendent sans cesse que les relations sino-américaines sont depuis longtemps inéquitables et non réciproques, et que les États-Unis ont pâti de leurs échanges avec la Chine alors que c’était eux qui ont aidé à reconstruire la Chine. Pensez-vous que c’est vrai ?

Wang Yi : La coopération sino-américaine n’a jamais été une aumône pour l’un ni une privation contre l’autre. La Chine comme les États-Unis en ont tous les deux énormément bénéficié. Ni l’un ni l’autre n’a été pénalisé ou n’en a tiré indûment profit.

La coopération mutuellement bénéfique de longue date a fait des deux pays une communauté d’intérêts partagés. La Chine a réalisé un développement rapide grâce à l’ouverture et à sa coopération avec les différents pays du monde dont les États-Unis. Et son développement continu a donné une impulsion à la croissance durable et offert un marché immense aux États-Unis et d’autres pays. Selon les statistiques, les relations économiques et commerciales sino-américaines ont soutenu 2,6 millions de postes d’emploi aux États-Unis, et le commerce avec la Chine a permis à chaque ménage américain d’économiser en moyenne 850 dollars US par an. Au total, plus de 70 000 entreprises américaines sont actives en Chine avec un chiffre d’affaires annuel de 700 milliards de dollars US, et 97% d’entre elles sont rentables. Même avec les impacts des frictions commerciales et de la COVID-19, la grande majorité des entreprises américaines en Chine entendent rester et accroître leurs investissements sur le sol chinois. Si la coopération sino-américaine est inéquitable et manque de réciprocité comme le disent certains, comment a-t-elle pu durer pendant des décennies ? Comment les relations sino-américaines ont-elles pu atteindre la profondeur et l’ampleur d’aujourd’hui ?

Certes, la mondialisation et le libre-échange, tout en apportant des dividendes de développement aux différents pays, pourraient leur créer des problèmes en matière de structure économique et de répartition de bénéfices. Ces problèmes sont à régler à travers des réformes internes. Un malade ne guérira pas de ses maux en demandant aux autres de prendre des médicaments. Le rejet de responsabilités sur les autres voire un prétendu « découplage » sont voués à l’échec et finiront par nuire davantage aux entreprises et au peuple américains.

Dans le monde globalisé d’aujourd’hui, les intérêts des pays sont profondément imbriqués. Nous sommes toujours d’avis que le développement de la Chine et celui des États-Unis ne sont pas incompatibles et que les deux pays n’ont pas à s’exclure l’un l’autre, mais peuvent tout à fait contribuer au succès l’un de l’autre. Au moment où l’économie mondiale est durement frappée par la COVID-19, la Chine et les États-Unis, les deux plus grandes économies dans le monde, doivent rester attachés au principe d’égalité et de bénéfice mutuel, développer leurs relations par la coopération et non par le découplage, et assumer leurs responsabilités envers le monde.

Xinhua: Ces derniers temps, la partie américaine a pris des mesures nuisibles aux échanges humains et culturels sino-américains. Elle harcèle des étudiants chinois aux États-Unis, perturbe les échanges académiques normaux et impose des restrictions sur les médias chinois. Beaucoup y voient un retour du maccarthysme. Pensez-vous que la Chine et les États-Unis vont entrer dans une « nouvelle guerre froide » ?

Wang Yi : Actuellement, les relations entre la Chine et les États-Unis sont confrontées au défi le plus sérieux depuis le début de leurs relations diplomatiques, et leurs échanges et coopération dans différents domaines sont gravement perturbés. La cause fondamentale en est que certaines forces politiques aux États-Unis, par préjugé et hostilité envers la Chine, utilisent leur pouvoir pour la dénigrer en fabriquant toutes sortes de mensonges et entraver les échanges normaux entre les deux pays sous divers prétextes. Ce qu’ils veulent, c’est de faire revenir le fantôme du maccarthysme, de saboter les liens entre la Chine et les États-Unis, d’inciter à l’hostilité entre les deux peuples et de détruire la base de la confiance mutuelle, afin d’entraîner de nouveau les deux pays dans des conflits et des confrontations et de replonger le monde dans l’instabilité et la division.

La Chine ne laissera pas ces tentatives aboutir. Nous nous opposons fermement à la fabrication d’une prétendue « nouvelle guerre froide », car cela va complètement à l’encontre des intérêts fondamentaux des peuples chinois et américain et du courant du développement et du progrès dans le monde. Les cicatrices de la guerre froide et les souffrances qu’elle a fait endurer aux peuples du monde ne doivent en aucun cas se reproduire. La paix et le développement sont l’aspiration commune de tous les pays du monde. Ceux qui cherchent à déclencher une « nouvelle guerre froide » au 21e siècle se trouveront à l’opposé de l’Histoire, seront tenus pour les plus grands saboteurs de la coopération internationale et finiront par être cloués au pilori de l’Histoire.

La Chine d’aujourd’hui n’est pas l’URSS d’hier. Et nous n’avons aucune intention de devenir un deuxième États-Unis. Nous n’exportons pas d’idéologie ni ne nous ingérons dans les affaires intérieures d’autrui. En tant que plus grand pays en développement et membre permanent du Conseil de Sécurité, la Chine poursuivra fermement la voie du développement pacifique, appliquera résolument la stratégie d’ouverture mutuellement bénéfique, et travaillera constamment à promouvoir la paix mondiale, à contribuer au développement dans le monde et à défendre l’ordre international.

Xinhua : Nous constatons que l’actuelle administration américaine s’est montrée peu enthousiaste à l’idée de dialoguer avec la Chine et a maintes fois affirmé l’inutilité du dialogue. Michael R. Pompeo a dit récemment qu’il fallait « se méfier et vérifier » dans les relations avec la Chine. Quel est votre commentaire là-dessus ?

Wang Yi : Dans les relations internationales contemporaines, le dialogue constitue un choix judicieux pour résoudre les divergences et la bonne approche pour établir la confiance mutuelle. Oui au dialogue et non à la confrontation, c’est non seulement la position de la Chine, mais aussi la vision commune de la grande majorité des pays du monde. La Chine et les États-Unis sont deux grands pays aux systèmes sociaux, histoires et traditions culturelles différents. Il est tout à fait normal qu’ils aient leurs propres intérêts et préoccupations. Ce qui importe, c’est de ne jamais fermer unilatéralement la porte au dialogue pour laisser les divergences, les erreurs d’appréciation, voire la confrontation prévaloir dans les relations sino-américaines.

La Chine est un grand pays qui a un grand sens des responsabilités. Nous sommes prêts à mener un dialogue digne, franc et efficace avec la partie américaine, et à répondre à sa témérité et son angoisse par le sang-froid et la raison. Nous sommes disposés à relancer à tout moment les mécanismes de dialogue avec les États-Unis à tous les niveaux et dans tous les domaines, et tous les sujets peuvent être abordés. Nous avons aussi proposé d’élaborer trois listes, celles de coopération, de dialogue et des divergences à gérer, et d’établir une feuille de route pour les futurs échanges. Nous n’avons qu’un seul objectif : exhorter les États-Unis à abandonner leur arrogance et leurs préjugés, à engager un dialogue constructif et d’égal à égal pour apaiser les tensions actuelles, et à revenir sur la bonne voie, celle du non-conflit, de la non-confrontation, du respect mutuel et de la coopération gagnant-gagnant. Voilà qui répond aux intérêts communs des peuples chinois et américain, et aux attentes de la communauté internationale.

Xinhua : Ces derniers temps, la question de Hong Kong est devenue saillante dans les relations sino-américaines. Les États-Unis estiment que la Chine, en appliquant la loi sur la sauvegarde de la sécurité nationale à Hong Kong, a renoncé au principe d’« un pays, deux systèmes », et ils ont adopté une série de sanctions contre Hong Kong. Les États-Unis créeront-ils de plus grands troubles autour de cette question ?

Wang Yi : Hong Kong fait partie intégrante du territoire chinois. Les affaires de Hong Kong relèvent des affaires intérieures de la Chine. La non-ingérence dans les affaires intérieures d’autrui est un principe fondamental des relations internationales. Aucun pays ne tolérera la violation de sa souveraineté et de son intégrité territoriale. Lors de la dernière session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, plus de 70 pays ont soutenu la position juste de la Chine et condamné l’ingérence dans les affaires intérieures de la Chine sous prétexte de la question de Hong Kong, faisant entendre la voix commune et la position impartiale de la communauté internationale.

La législation sur la sécurité nationale est fondamentale pour la survie d’un pays. C’est aussi une pratique juridique courante dans le monde. La loi sur la sauvegarde de la sécurité nationale à Hong Kong a comblé les failles juridiques qui avaient longtemps existé à Hong Kong. Elle permet d’assurer l’application sur le long terme du principe d’« un pays, deux systèmes » sur la base de l’état de droit et de garantir la stabilité et la sécurité durables de Hong Kong. Des millions de Hongkongais ont signé une pétition pour soutenir la loi sur la sécurité nationale. Voilà qui montre que la population locale aspire à une vie paisible et que cette loi a un grand soutien populaire.

La politique d’« un pays, deux systèmes » est une politique nationale bien établie de la Chine. C’est avec un soutien agissant de la partie continentale, un cadre juridique plus complet et des efforts unis de tous nos compatriotes de Hong Kong que nous pouvons la préserver et la développer. Ce sont les ingérences grossières en parole et en acte dans les affaires de Hong Kong qui sabotent la bonne application de la politique d’« un pays, deux systèmes » et elles seront résolument rejetées par tous les Chinois, y compris nos compatriotes de Hong Kong.

Xinhua : Les États-Unis ont récemment fermé le Consulat général de Chine à Houston, l’accusant d’être une plaque tournante de l’espionnage et du vol de propriété intellectuelle. La Chine a riposté sur la base de la réciprocité en fermant le Consulat général des États-Unis à Chengdu. Craignez-vous une escalade de la « guerre diplomatique » entre les deux pays ?

Wang Yi : Le Consulat général de Chine à Houston est le premier consulat général que la Chine a ouvert aux États-Unis après l’établissement de leurs relations diplomatiques. Il est depuis lors un symbole important de l’amitié sino-américaine. Au cours des plus de 40 ans écoulés, le Consulat général à Houston a joué un rôle majeur dans la promotion de l’amitié et de la coopération entre les deux peuples. Même en pleine période de la COVID-19, il a bravé des difficultés en servant de pont important entre la Chine et le Sud des États-Unis pour favoriser leur coopération contre le virus. Fermer un tel consulat général riche de signification pour le passé comme pour le présent, c’est fermer une fenêtre d’échanges et de connaissance mutuelle entre les Chinois et les Américains. Cela a compromis le développement normal des relations sino-américaines et l’amitié entre les deux peuples. En plus, les arguments exposés par la partie américaine ne sont rien d’autre que des prétextes fallacieux inventés de toutes pièces pour incriminer la Chine. Elles ne sont ni fondées ni justifiables.

La Chine ne restera pas sans rien faire face aux agissements arbitraires et insensés des États-Unis. Nos mesures de riposte sont raisonnables, légitimes et légales. Elles sont en parfaite conformité avec la coutume diplomatique. La Chine n’a pas l’intention de faire une « guerre diplomatique » avec les États-Unis, car cela ne fera que compromettre davantage les intérêts des deux peuples. Déclencher une « guerre diplomatique » ne peut démontrer la puissance des États-Unis. Bien au contraire, cela révélera un manque croissant de confiance en eux-mêmes. Si la partie américaine continue de poursuivre le chemin erroné, nous y riposterons jusqu’au bout.

Xinhua : Les États-Unis bloquent et attaquent Huawei sur tous les plans, et prétendent vouloir rassembler d’autres pays pour créer une alliance des « pays propres ». Beaucoup y voient des signes d’anxiété et la peur des États-Unis. Qu’en pensez-vous ?

Wang Yi : Sans aucun fondement ni aucune preuve, les États-Unis bloquent et attaquent par tous les moyens une entreprise privée chinoise partout dans le monde. C’est un cas d’école d’intimidation. Comme chacun pourrait le voir, le but des États-Unis est de préserver leur place de monopole dans le domaine scientifique et technologique et de priver les autres pays de leur droit légitime au développement. Cette pratique hégémonique flagrante a non seulement saboté les règles du commerce international équitable, mais aussi compromis l’environnement du marché mondial libre. Je tiens à réitérer que Huawei est innocente, tout comme beaucoup d’autres entreprises chinoises victimes des sanctions unilatérales américaines, et que leurs technologies et produits sont sûrs et n’ont jamais porté préjudice à quelque pays que ce soit. Par contre, les États-Unis sont derrière les programmes scandaleux tels que PRISM et ECHELON. Les pratiques malhonnêtes d’écoute et de surveillance qu’ils font partout dans le monde sont connues de tous. Les États-Unis ne sont pas habilités à créer une alliance quelconque des « pays propres », tant leur réputation est entachée.

La nouvelle révolution scientifique et technologique représentée par l’informatisation est en train de s’accélérer. La Chine continuera d’œuvrer avec les autres pays pour préserver un environnement d’affaires équitable, impartial, ouvert et non discriminatoire, promouvoir les échanges et coopérations internationaux dans les domaines scientifique et technologique, et faire de sorte que des technologies de l’information sûres, fiables et de bonne qualité apportent une nouvelle dynamique à la reprise de l’économie mondiale et à l’amélioration du bien-être de tous les peuples. Nous espérons que les États-Unis sortiront de l’étroitesse d’esprit et de l’égoïsme, et reviendront sur la bonne voie, celle de l’ouverture et de la coopération.

Xinhua : Des politiciens américains ont multiplié les attaques contre le Parti communiste chinois (PCC), tentant de semer la discorde entre le PCC et le peuple chinois. 41 ans après l’établissement des relations diplomatiques sino-américaines, à votre avis, quelle est la motivation de ces agissements ?

Wang Yi : Aux États-Unis, il existe toujours une certaine force qui cherche à nier la direction du PCC et la voie du socialisme à la chinoise. Le but en est très clair : endiguer et déstabiliser la Chine.

L’année prochaine marquera le centenaire du PCC. Pendant le siècle écoulé, c’est grâce au PCC que le peuple chinois s’est débarrassé du joug de la colonisation et de la servitude et a réalisé la libération et l’indépendance nationales. C’est sous la conduite du PCC que nous avons trouvé la voie de développement du socialisme à la chinoise et transformé la Chine, autrefois pauvre et démunie, en la deuxième économie du monde. C’est également sous la direction du PCC que la Chine a vu son PIB par habitant s’élever à plus de 10 000 dollars US contre moins de 200 il y a 40 ans et réussi à sortir plus de 800 millions de Chinois de la pauvreté. La grande lutte historique menée par le peuple chinois sous la conduite du PCC constitue le chapitre le plus glorieux dans les annales de l’histoire de la modernisation de l’humanité.

La pratique est le seul critère de vérité. Le peuple est le juge de l’Histoire. Le peuple chinois est le mieux placé pour juger du système de son pays. Selon une étude menée par Harvard Kennedy School sur la Chine pendant 13 ans consécutifs, le taux de satisfaction des Chinois envers leur gouvernement sous la direction du PCC s’élève à 93%. De nombreux sondages effectués ces dernières années par des agences internationales indiquent que plus de 90% des Chinois font confiance au gouvernement. Le lien entre le PCC et le peuple chinois est aussi étroit que celui entre le poisson et l’eau ou entre les graines et la terre. Vouloir couper les liens de chair et de sang qui unissent le PCC et le peuple chinois et y semer la discorde, c’est s’opposer aux 1,4 milliard de Chinois.

Nous avons une grande confiance en le système socialiste à la chinoise. Dans le même temps, nous respectons les voies de développement librement choisies par les peuples des différents pays et n’avons aucune intention d’entrer dans une compétition de systèmes ou une confrontation idéologique avec qui que ce soit. Nous espérons que les États-Unis respecteront le système social chinois et le choix du peuple chinois et renonceront à l’interventionnisme voué à l’échec. Comme l’a indiqué le Président Xi Jinping, nous avons une forte détermination, une ferme volonté et des capacités solides pour relever les défis. Nous avons suffisamment de courage, de moyens et de sagesse pour surmonter tous les risques et épreuves. Aucun pays ni aucune personne ne saurait arrêter la marche historique de la nation chinoise vers la réalisation de son grand renouveau.

Xinhua : Michael R. Pompeo prône la création d’une nouvelle alliance de démocraties pour contrer la Chine en forçant les autres pays à faire le choix entre la prétendue liberté et la prétendue tyrannie. Mais nous avons constaté que ses propos ont trouvé peu d’écho à l’international. Pensez-vous que les tentatives des États-Unis puissent aboutir ?

Wang Yi : Les actes incitant à la confrontation et à la division ne sont pas rares dans l’histoire, mais ont tous fini par être rejetés par les peuples. Au 21e siècle, certains tentent encore et toujours de faire tomber un nouveau rideau de fer, de créer de nouvelles divisions et de recourir de nouveau au ralliement politique et à la confrontation des blocs. Voilà qui constitue un mépris flagrant du progrès et de la sagesse de l’humanité et qui va ouvertement à rebours de l’Histoire, à contre-courant de notre époque et à l’encontre de la volonté de la majorité des pays du monde. Cette manière d’agir impopulaire trouve naturellement peu d’écho.

La Chine a obtenu sa liberté en triomphant de la tyrannie de l’impérialisme et du colonialisme. La liberté, la démocratie et l’état de droit sont inscrits depuis longtemps dans la Constitution chinoise, et sont au cœur des valeurs essentielles du socialisme à la chinoise. Nous sommes bien conscients que la liberté ne signifie pas l’absence de règles, et que la science, la raison, l’ordre juridique et les règles internationales font tous partie du fondement de la liberté. Pour endiguer la COVID-19, les Chinois portent des masques en suivant les conseils scientifiques des experts médicaux. Mais certains politiciens américains nous attaquent là-dessus en y voyant un signe de « tyrannie » et de « manque de liberté ». Aujourd’hui, ils se font gifler par la réalité.

La Chine est depuis l’antiquité un pays attaché à la paix et à la coopération, convaincue que « la division entraîne le conflit, le conflit provoque le chaos, et le chaos conduit à la pauvreté ». Nous nous opposons depuis toujours à la pratique dangereuse du clivage idéologique. Et nous préconisons la construction d’un nouveau modèle de relations internationales axées sur la coopération gagnant-gagnant et le développement des relations d’amitié et de coopération avec tous les pays du monde en vue d’établir un réseau mondial de partenariats. Si le Président Xi Jinping a lancé l’initiative majeure de construire une communauté d’avenir partagé pour l’humanité, c’est pour transcender les différences des systèmes et rejeter la logique du jeu à somme nulle, afin que les différents pays, ethnies et civilisations puissent fédérer leurs efforts et avancer dans la même direction. Nous œuvrerons inlassablement à contribuer à la réalisation de cette belle perspective.

Xinhua : Michael R. Pompeo prétend que la Chine désire l’hégémonie mondiale. Mais on sait tous que ce sont les États-Unis qui ne cessent de se désengager sur le plan international. Beaucoup s’inquiètent de la perspective d’un grand bouleversement de l’ordre international. Qu’en pensez-vous ?

Wang Yi : À l’heure actuelle, un défi réel à l’ordre et au système internationaux, c’est que les États-Unis, le pays le plus puissant au monde, prônent le « moi d’abord », pratiquent à l’extrême l’unilatéralisme et l’intimidation et n’hésitent pas à se soustraire à leurs responsabilités internationales et aux règles multilatérales. Au moment le plus crucial dans la lutte contre le virus, ils ont lancé des attaques infondées contre l’OMS et s’en sont retirés. L’actuelle administration américaine, qui s’est désengagée de plus de traités internationaux que n’importe quelle administration précédente, est devenue le plus grand destructeur de l’actuel ordre international.

La Chine est depuis toujours un ferme défenseur de l’ordre et du système internationaux. Depuis la fondation de la Chine nouvelle il y a 70 ans, elle n’a provoqué aucune guerre ni n’a occupé un seul pouce de terre d’autrui. La Chine a inscrit dans sa Constitution son attachement au développement pacifique, devenant le premier pays au monde à prendre un tel engagement solennel. Nous poursuivrons fermement la voie du développement pacifique, ne prétendrons jamais à l’hégémonie ni ne nous livrerons jamais à l’expansionnisme, et resterons pour toujours un pilier de la paix.

Cette année marque le 75e anniversaire de la victoire de la Guerre antifasciste mondiale et de la fondation des Nations Unies. Après avoir tiré les leçons douloureuses du passé, le monde a connu la plus longue période de stabilité et de prospérité depuis les temps modernes. Aujourd’hui, nous ne pouvons accepter une nouvelle destruction de l’ordre international ni la division, une fois encore, du monde. La Chine est le premier pays à avoir apposé sa signature sur la Charte des Nations Unies. Nous avons adhéré à presque tous les traités et accords internationaux et nous remplissons scrupuleusement les devoirs et obligations internationaux qui nous incombent. À ce moment crucial où l’avenir du monde est en jeu, nous continuerons de défendre et pratiquer fermement le multilatéralisme, de préserver résolument le système international centré sur l’ONU et de promouvoir avec détermination l’avènement d’un monde multipolaire et la démocratisation des relations internationales.

Xinhua : Récemment, les États-Unis ont intensifié nettement leur intervention dans la question de la Mer de Chine méridionale. Dans une déclaration, Michael R. Pompeo a remis en cause la souveraineté, les droits et les intérêts de la Chine dans ces eaux. L’armée américaine y a mené des exercices militaires avec deux porte-avions et envoyé à plusieurs reprises des avions et navires militaires pour effectuer des opérations de reconnaissance rapprochée contre la Chine. D’aucuns parlent d’une éventualité croissante de frictions et de conflits provoqués par les États-Unis en Mer de Chine méridionale. À votre avis, la paix et la stabilité peuvent-elles être maintenues dans ces eaux ?

Wang Yi : Ces derniers temps, les États-Unis ont multiplié les provocations en Mer de Chine méridionale. Premièrement, ils sont revenus sur leur engagement pris il y a plusieurs années de ne pas prendre parti, pour intervenir de manière flagrante dans les différends en matière de souveraineté territoriale sur ces eaux. Deuxièmement, ils accroissent sans cesse, en en faisant étalage, leur présence militaire en Mer de Chine méridionale. Rien que pendant les six premiers mois de cette année, plus de 2 000 opérations d’avions militaires américains ont été effectuées. Troisièmement, ils s’affairent sans scrupule à semer la discorde entre la Chine et les pays de l’ASEAN et à perturber le processus de consultations sur le Code de conduite en Mer de Chine méridionale (COC). Leur but est de déstabiliser cette zone et de prendre les pays de la région en otage au service de leur politique interne et de leur stratégie géopolitique. Les pays de la région ont à y être plus vigilants pour ne pas laisser les États-Unis saper à leur gré la paix et le développement chèrement acquis dans la région.

La Mer de Chine méridionale est le foyer commun de tous les pays de la région. Elle ne peut devenir une arène de la politique internationale. Grâce aux efforts de plusieurs années, les pays de la région ont déjà trouvé une voie efficace permettant de gérer adéquatement les divergences et dégagé un consensus clair invitant la Chine et les pays de l’ASEAN à préserver ensemble la paix et la stabilité en Mer de Chine méridionale. Les faits ont prouvé que régler les différends par le dialogue est la bonne voie qui sert au mieux les intérêts des pays de la région et que préserver la paix et la stabilité en Mer de Chine méridionale relève de leur devoir commun. Vu la situation actuelle, la Chine propose d’écarter toutes les perturbations, de reprendre au plus vite les consultations sur le COC pour conclure dans les meilleurs délais des règles régionales permettant de préserver dans la durée la tranquillité et la stabilité en Mer de Chine méridionale. Dans le même temps, elle entend poursuivre la coopération maritime avec les pays riverains, approfondir la confiance mutuelle en matière de sécurité et promouvoir l’exploitation commune pour faire régner la paix, l’amitié et la coopération dans ces eaux.

Xinhua : Les relations sino-américaines connaissent la période la plus difficile depuis l’établissement des liens diplomatiques. Quant à leur évolution d’ici l’élection présidentielle américaine de novembre, êtes-vous optimiste ou pessimiste ? Que doivent faire en priorité les deux parties à l’heure actuelle ?

Wang Yi : La politique américaine de la Chine est constante et stable. Dans le même temps, nous sommes préparés aux éventuelles épreuves dans les relations sino-américaines. Au fond, les États-Unis, en cherchant à dépeindre la Chine comme un adversaire, font une grave erreur d’appréciation stratégique et dépensent leurs ressources stratégiques dans la mauvaise direction. La Chine entend toujours construire avec les États-Unis, dans un esprit de non-conflit, de non-confrontation, de respect mutuel et de coopération gagnant-gagnant, une relation basée sur la coordination, la coopération et la stabilité. Cela dit, nous défendrons fermement la souveraineté, la sécurité et les intérêts de développement de notre pays, parce que c’est un droit légitime d’un pays indépendant et souverain. Les États-Unis doivent observer le principe de l’égalité souveraine énoncé dans la Charte des Nations Unies, apprendre et s’habituer à coexister pacifiquement avec des systèmes et civilisations différents, et accepter la réalité d’un monde multipolaire.

Face à la situation la plus complexe depuis l’établissement de relations diplomatiques sino-américaines, nous devons définir un cadre clair pour ces relations :

Premièrement, tracer les lignes rouges et éviter la confrontation. La clé du développement sain des relations sino-américaines est le respect mutuel. La Chine n’a jamais l’intention de s’ingérer, ni ne s’ingérera jamais dans les élections ou les affaires intérieures des États-Unis. Et les États-Unis doivent sortir de l’illusion de transformer la Chine à leur gré et cesser de s’ingérer dans les affaires intérieures de la Chine et d’attaquer les droits et intérêts légitimes de la Chine.

Deuxièmement, fluidifier les canaux pour un dialogue franc et sincère. Le dialogue est un préalable pour régler les problèmes. Sans dialogue, les problèmes s’accumuleront, au risque d’entraîner une situation hors contrôle. La porte de la Chine au dialogue est ouverte. Nous sommes prêts, dans un esprit d’égal à égal et ouvert, à dialoguer avec les États-Unis et à rétablir et relancer les mécanismes de dialogue à tous les niveaux et dans tous les domaines.

Troisièmement, refuser le découplage et maintenir la coopération. Les intérêts des deux pays étant profondément imbriqués, un découplage forcé portera un coup durable au développement de leurs relations et mettra à mal la sécurité des chaînes industrielles internationales et les intérêts de tous les pays. Face à la COVID-19, nous sommes prêts à mener une coopération mutuellement bénéfique avec les États-Unis sur la réponse sanitaire, la relance économique et autres, à partager les expériences de lutte contre le virus en vue d’une inspiration mutuelle, et à participer et contribuer ensemble à la coopération multilatérale mondiale contre la COVID-19.

Quatrièmement, rejeter la logique du jeu à somme nulle et assumer ensemble les responsabilités. La COVID-19 démontre une fois de plus que l’humanité est une communauté d’avenir partagé. Dans le monde d’aujourd’hui, les questions planétaires se multiplient, et les défis sécuritaires conventionnels et non conventionnels s’entremêlent. Presque tous les dossiers d’actualité internationale et régionale nécessitent une réponse coordonnée de la Chine, des États-Unis et des autres pays du monde. Nos deux pays doivent garder à l’esprit le bien-être de l’humanité, assumer leurs responsabilités en tant que grands pays et mener des coordinations et coopérations nécessaires aux Nations Unies et dans les autres enceintes multilatérales, pour contribuer ensemble à la paix et à la stabilité dans le monde.